Les EALE*: autopsie d'une restructuration non concertée.
*EALE: Énergie et Alimentation des Lignes Électrifiées
A l'origine du malaise: la présentation du projet « évolution des Centraux Sous-Station (CSS) d'alimentation des installations en traction électrique » à la commission professionnelle centrale équipement/aménagement du 12 juin 2008 (CPC VA).
Ce projet, amené à l'initiative de l'entreprise, met en avant la nécessité de regrouper les CSS, au nombre de 18 actuellement.
Il n'avait, à l'époque, pas suscité de grand émoi. Les arguments sont les suivants : passage à un pilotage informatique des lignes, projets de développement, passage à la commande centralisée de réseau (CCR) et taille critique des unité de production (UP).
Les objectifs affichés sont:
- renouveler les dispositifs actuels de transmission afin de permettre le passage au logiciel PIRATE,
- parer au manque de pièces détachées pour les systèmes obsolètes,
- assurer les interfaces avec les futures CCR,
- prendre en compte les projets de lignes à grande vitesse et d'électrification corollaires.
Le schéma directeur donne une image des CSS réduits à 8 avec une productivité calquée sur le modèle du CSS de Pagny-sur-Moselle. L'entreprise s'engage à se servir du travail réalisé à Pagny-sur-Moselle comme modèle pour les futurs CSS et d'utiliser le Retour d'EXpérience (REX) comme base de la Concertation Spécifique de Projet (CSP). Le volet Ressources Humaines (RH) doit être l'objet d'une attention particulière, avec une CSP qui tienne compte des agents, de leur mobilité et de leur adaptabilité. Les instances représentatives intéressées doivent être régulièrement consultées et informées et les agents concernés associés à l'évolution de façon continue.
Afin d'accueillir le TGV Est Européen, il a été décidé de construire un nouveau CSS regroupant ceux de Metz, de Nancy, de la LGV Est, des lignes vosgiennes électrifiées et d'une partie de Strasbourg. Dès l'origine, les ergonomes et les agents de la future UP EALE ont été impliqués. Ceci a permis, du fait de la situation centrale de Pagny-sur-Moselle par rapport à Metz et Nancy, d'obtenir un résultat acceptable au plan social et des conditions de travail. On en conclura que la mise en place du CSS de Pagny-sur-Moselle fait figure d'exception du fait de toutes ses particularités et qu'il n'est pas souhaitable de généraliser ce modèle.
On n'est donc pas surpris d'apprendre que les agents de Chambéry manifestent un certain mécontentement. En effet, point de CSP. Le transfert du CSS de Chambéry à Dijon semble, de fait, acquis pour l'entreprise. Il est peu fait cas des agents et des partenaires sociaux. Tout doit se passer comme l'a demandé RFF. Alors, imaginez l'incompréhension dans l'UP. Il faudrait, suivre le schéma directeur voulu par RFF, mais on le suppose proposé par SNCF, comme demandé par l'audit de réseau. On le devine : réaliser des gains de productivité pour le maître d'ouvrage RFF est le but inavouable, qui se réaliserait donc au détriment des agents. Pas de chance : ils se rebiffent. Ils ne comprennent pas qu'à la rénovation de leur CSS pour un montant de 515 000 €, soit préférée une intégration à Dijon, estimée à 1 200 000 €, sans tenir compte du coût des reclassements. Je vous fais grâce des dégâts sociaux collatéraux et de la désertification du bassin d'emploi. Pour la SNCF, seule compte la productivité de six agents. Nous sommes donc bien peu de chose.
Il s'en suit un mouvement qui demande:
- l'arrêt des suppressions d'emploi et des déqualifications dans les EALE,
- une politique de formation volontaire,
- l'embauche des alternants et des déroulements de carrière décents, et surtout l'abandon des macro principes soi-disant voulus par RFF, pour une politique de projets locaux.
Il faudra deux Demandes de Concertation Immédiate (DCI) nationales pour que la Direction de l'Infrastructure prenne conscience du problème. Seule la pugnacité des agents de Chambéry, épaulés par ceux de Tours et des autres CSS a infléchi la volonté de l'entreprise. Une intersyndicale forte a également été un facteur déterminant dans la résolution du conflit.
Tous les points de la DCI ont eu leur réponse.
Le projet initial « évolution des CSS » change de nom pour devenir « CSS d'avenir ». Cela signifie que l'on va repartir d'une feuille blanche pour tous les projets qui ne sont pas engagés. Un Chef De Projet (CDP) a été nommé début 2010: il devra recenser l'ensemble des installations et construire une maquette qui tiendra compte de l'existant, des pratiques européennes en la matière, et surtout du facteur humain. L'UNSA-cheminots mettra un point d'honneur à veiller à ce que les IRP, les managers locaux et les agents soient consultés et associés à leur avenir, que les remplacements suite à départ soient réalisés avec un recouvrement de poste, que les alternants soient tous recrutés à la fin de leur formation, que les volontaires pour l'Établissement Logistique National soient remplacés et que la formation faite à l'Unité de Formation Régionale de Marseille soit pérennisée.
La modernisation des CSS est une nécessité, mais il ne faut pas qu'elle se fasse au détriment du respect des fondamentaux de notre entreprise. Ce sont encore les hommes qui font rouler les trains, et chacun d'entre nous a droit au respect. L'UNSA-Cheminots regrette que l'entreprise essaye de faire passer ses projets sans consultation. Les groupes de travail sont la pierre angulaire de la réussite de toute évolution dans l'entreprise. L'UNSA-Cheminots y participera chaque fois, sur invitation ou à son initiative. Le dialogue et un rapport de force unitaire nous permettront d'être les acteurs d'un changement choisi. En outre, l'UNSA-Cheminots fera tout son possible pour obtenir des solutions pour les agents du CSS de Strasbourg, dont l'UP sera supprimée en 2011.








